Article · 2026
Trump apporte son «soutien complet et total» à Netanyahou, à neuf jours des législatives israéliennes

Le président américain a publié dimanche 18 octobre, sur son réseau Truth Social, un message de soutien à Benyamin Netanyahou en vue des élections législatives du 27 octobre. Le Premier ministre israélien réclamait ce soutien depuis plusieurs mois. Il arrive alors que les sondages ne dégagent aucune majorité claire, et que la popularité de Donald Trump en Israël a fortement reculé depuis la signature de l'accord avec l'Iran en juin.
Le message est adressé « au grand peuple d'Israël ». Donald Trump y qualifie Benyamin Netanyahou de « grand Premier ministre guerrier » et de « partenaire pour la paix encore plus grand dans le combat contre la République islamique d'Iran ». Il écrit : « Que cette lettre représente mon soutien complet et total à Bibi Netanyahou dans sa prochaine course à la réélection. » Le président américain lie ensuite ce soutien à la question iranienne. Si Israël choisit « le mauvais dirigeant, c'est-à-dire n'importe qui d'autre que Bibi, l'Amérique devra faire ce travail elle-même, et je n'y suis pas enclin ». Le texte se termine en majuscules : « BIBI NETANYAHOU NE VOUS LAISSERA JAMAIS TOMBER ! »
Donald J. Trump@realDonaldTrumpTruth SocialTo the Great People of Israel:
Bibi Netanyahu has been a Great Warrior Prime Minister, and an even greater Partner for Peace in combatting the Islamic Republic of Iran, with its 51 year old chant, “Death to Israel, Death to America! We will destroy the Little Satan and the Big Satan.” What Country can survive when things such as this are allowed to be said, because eventually, they always end up being true? It would have been only a question of time until Iran would have put that ominous phrase into effect, but they have been systematically destroyed, both Militarily and Financially, and unless they change their ways, rapidly, we will soon finish the job. If Israel has the wrong Leader, which would be anyone other than Bibi, America will have to do this work ourselves, and I am not inclined to do so. Bibi Netanyahu has been Strong, Brave, and Brilliant in the face of tremendous opposition, including that coming from even Israel, itself. Despite all of that, he has endured and, in fact, he has thrived! I have watched Bibi under the most trying of times. Normal men or women in such situations would have wilted under the pressure — But Bibi did not wilt, he actually got stronger, and maintains that same Strength today. This is the kind of Partner that the United States of America is demanding of Israel, a Country for which it has done so much. Please let this Letter serve to represent my Complete and Total Endorsement of Bibi Netanyahu in his upcoming Race for Re-Election as Prime Minister of Israel. BIBI NETANYAHU WILL NEVER LET YOU DOWN! Thank you for your attention to this matter.
DONALD J. TRUMP
PRESIDENT OF THE UNITED STATES OF AMERICA
Environ sept minutes après la publication, selon le Times of Israel, Benyamin Netanyahou remercie le président américain sur X : « Merci pour le soutien formidable et le travail commun. Ensemble, nous terminerons la mission. » Dans une vidéo diffusée en hébreu, il demande ensuite aux électeurs d'« écouter » Donald Trump et de « voter pour [lui] ».
Un soutien apporté dans une course encore indécise
Le soutien de Donald Trump intervient alors que les enquêtes d'opinion publiées en Israël ne désignent ni gagnant ni perdant. Selon le sondage Zman Yisrael publié le 15 octobre, le parti Yashar de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot obtiendrait 26 sièges à la Knesset, contre 20 pour le Likoud. Le bloc d'opposition totaliserait 54 sièges et le bloc qui soutient Benyamin Netanyahou 49. Aucun des deux camps n'atteindrait les 61 sièges nécessaires pour former une majorité de gouvernement sur 120. L'issue dépendra donc des alliances qui se noueront après le scrutin. Un sondage publié le 16 octobre par le quotidien Maariv montre que 48 % des personnes interrogées jugent Gadi Eisenkot plus apte au poste de Premier ministre, contre 41 % pour Benyamin Netanyahou.
La décision de Donald Trump marque aussi un changement de position rapide. Le jeudi 15 octobre, trois jours avant son message, il déclarait n'avoir « même pas pensé » à soutenir un candidat dans l'élection israélienne. La question des sondages était pourtant déjà posée entre les deux hommes. En août, le site d'information américain Axios rapportait une scène survenue fin juillet dans le Bureau ovale. Donald Trump avait demandé à Benyamin Netanyahou où il en était dans les intentions de vote. Un conseiller du Premier ministre israélien avait répondu à sa place : « Monsieur le Président, il gagne. »
Une décision prise malgré des tensions avec l'entourage du président
Ce soutien intervient aussi dans un contexte de relations tendues entre plusieurs proches de Donald Trump et le Premier ministre israélien, tensions documentées par la presse américaine depuis l'an dernier. En décembre 2025, au moment des discussions sur le cessez-le-feu à Gaza, un responsable de la Maison-Blanche déclarait à Axios : « JD, Marco, Jared, Steve, Susie. Il les a perdus. Le seul qui lui reste, c'est le président. » Il visait le vice-président JD Vance, le secrétaire d'État Marco Rubio, le gendre du président Jared Kushner, l'émissaire spécial Steve Witkoff et la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche, Susie Wiles. En août 2026, deux hauts responsables américains indiquaient au même média que Donald Trump appréciait Benyamin Netanyahou personnellement, mais qu'il était frustré par certaines de ses décisions. Selon deux personnes qui lui ont parlé, le président aurait alors résumé : « Bibi est son propre pire ennemi. »
De son côté, l'opposition israélienne avait demandé à Washington de rester à l'écart de la campagne. Selon Axios, des proches de Gadi Eisenkot, de l'ancien Premier ministre Naftali Bennett et du chef de l'opposition Yaïr Lapid avaient fait passer des messages en ce sens à l'entourage du président américain. Dimanche soir, sur la chaîne 12, Gadi Eisenkot a confirmé cette démarche : « J'ai demandé qu'il n'y ait pas d'ingérence dans l'élection intérieure d'Israël. »
Un soutien dont l'effet sur les électeurs israéliens reste incertain
Le poids de ce soutien dépendra de l'image de Donald Trump auprès des Israéliens, qui a profondément changé depuis le printemps. Le 28 février 2026, Israël et les États-Unis lancent ensemble une guerre contre l'Iran. Début avril, Washington et Téhéran concluent un cessez-le-feu. Le 17 juin, à Versailles, Donald Trump signe avec le président iranien Massoud Pezeshkian le mémorandum d'accord dit d'Islamabad. Le texte prolonge le cessez-le-feu, prévoit la réouverture du détroit d'Ormuz au trafic maritime et appelle à la fin des opérations militaires israéliennes au Liban.
Les enquêtes d'opinion menées en Israël mesurent ensuite une chute de la confiance envers le président américain. Selon le Jewish People Policy Institute, la part des Israéliens qui déclarent avoir « une grande confiance » en Donald Trump passe de 34 % en mars à 21 % en mai, puis à 12 % début juin, après la signature de l'accord. En juin, une enquête de l'Institut d'études de sécurité nationale (INSS) montre que 66 % des personnes interrogées jugent le mémorandum préjudiciable aux intérêts d'Israël. Selon un sondage de l'Université hébraïque de Jérusalem et de l'institut Agam, réalisé du 17 au 20 juin, 69,1 % des personnes interrogées qualifient la gestion de la guerre par Donald Trump d'« échec » ou de « médiocre ».
Ce n'est pas la première fois que Donald Trump intervient dans une campagne électorale israélienne en faveur de Benyamin Netanyahou. En mars 2019, quelques jours avant les élections législatives d'avril, il avait reconnu la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, une décision saluée alors par le Premier ministre israélien en pleine campagne.
Les autres candidats ont réagi avec prudence. Naftali Bennett, dont le parti arrive en troisième position dans les sondages, a déclaré dimanche : « Au final, en politique internationale, chaque dirigeant travaille avec celui qui est élu. »
Pour l'analyste politique israélien Amit Segal, ce soutien pourrait indiquer que Donald Trump dispose d'informations que le public ne connaît pas. Selon lui, les sondages réalisés en Israël pour la Maison-Blanche sont « nettement meilleurs pour Netanyahou que les sondages israéliens ». « Trump n'aurait pas soutenu quelqu'un qui n'a aucune chance d'être élu », affirme-t-il. Aucune source officielle américaine n'a confirmé l'existence de ces enquêtes. Les Israéliens se rendent aux urnes le 27 octobre.
Article publié initialement sur PourChoisir Israël ↗, le 19 octobre 2026
