David BenaymJournaliste • Auteur • Éditeur • ProducteurEN
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Article · 2026

Le soutien de Trump à Netanyahou est-il désintéressé ? Iran, midterms, Liban et Houthis

Donald Trump et Benyamin Netanyahou dans le Bureau ovale, le 29 septembre 2025
Donald Trump et Benyamin Netanyahou dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, le 29 septembre 2025.Photo : Maison-Blanche (Daniel Torok), domaine public

Quand Donald Trump soutient Benjamin Netanyahou, il ne rend pas service à un ami : il défend ses propres intérêts, et il ne s'en cache pas. Le 18 octobre, en appelant les Israéliens à voter pour Bibi, il en a donné lui-même la raison : « Si Israël a le mauvais dirigeant, c'est-à-dire n'importe qui d'autre que Bibi, l'Amérique devra faire ce travail elle-même, et je ne suis pas enclin à le faire. »

Ce soutien se joue sur plusieurs terrains. Aux États-Unis, il peut coûter cher à Trump sur le plan politique ; en Iran, il repose sur une convergence réelle mais limitée ; au Liban comme face aux Houthis, il se heurte à des désaccords nets. Je reprends ici chacun de ces dossiers.

Un soutien qui a son prix

Le travail dont parle Trump, c'est l'Iran. Depuis février 2026, Américains et Israéliens mènent ensemble la guerre contre la République islamique, et Washington veut un partenaire qui en porte une part. Dimanche 25 octobre encore, Trump répétait : « Votez Bibi, il faut finir le travail que nous avons commencé. »

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Le soutien sert aussi de levier. Trump a demandé au président Herzog de gracier Netanyahou, toujours jugé pour corruption. Le ton varie d'ailleurs selon le moment : en juin, furieux de l'escalade au Liban, il a traité Netanyahou de « fou » au téléphone, ce qu'il a lui-même confirmé à des journalistes, et il estimerait en privé que Bibi est son propre pire ennemi. Il le soutient, mais il attend des contreparties sur Gaza et sur le Liban, et surtout une normalisation entre Israël et l'Arabie saoudite, le grand prix diplomatique qu'il vise. La politique intérieure entre aussi en ligne de compte, puisque les évangéliques forment le cœur de son électorat.

Reste le pari lui-même. Trump est l'homme qui dit « je n'aime pas les perdants », « I hate losers ». Il a pourtant attendu des mois avant de s'engager dans le scrutin israélien, contre l'avis de ses conseillers, et il ne l'a fait que neuf jours avant le vote, sans savoir si Bibi arriverait en tête. Netanyahou n'a pas perdu, mais il laisse une dizaine de sièges dans la bataille, selon les derniers résultats. À quelques jours de ses propres élections de mi-mandat, Trump aurait voulu une grosse victoire à brandir, et il se retrouve pour l'instant avec une impasse.

Israël peut-il coûter les midterms à Donald Trump ?

À l'approche des élections de mi-mandat du 3 novembre, ce soutien à Israël risque plutôt de desservir Trump. Israël n'est pas seul en cause : c'est la guerre contre l'Iran, et ce qu'elle coûte, qui pèse. Près de deux Américains sur trois désapprouvent sa conduite de la guerre, et le gallon d'essence est passé de moins de trois dollars à plus de quatre. Lors d'un séjour aux États-Unis en octobre, j'ai regardé les publicités de campagne : elles tournent presque toutes autour de la guerre, du coût de la vie, du prix de l'essence et de l'argent dépensé pour aider Israël, et les arguments des deux camps se rejoignent sur ce point.

La fracture ne se limite pas aux démocrates, elle traverse le camp de Trump. D'un côté, les évangéliques et la base MAGA (« Make America Great Again »), qui lui restent solides. De l'autre, le camp « America First » : Tucker Carlson et Marjorie Taylor Greene ont annoncé qu'ils ne soutiendraient pas les républicains en novembre, Carlson reprochant au parti de servir les intérêts d'un pays étranger. Chez les républicains de moins de 50 ans, une majorité a désormais une opinion défavorable d'Israël. Ce soutien risque donc de coûter encore davantage à Trump le 3 novembre.

Midterms : le soutien à Israël va-t-il desservir Trump ? Voir sur YouTube ↗

Une défaite aux midterms : peu d'effet sur la guerre, beaucoup sur la politique intérieure

Une défaite aux midterms ne changerait rien au statut de Trump : il resterait commandant en chef, et le scrutin n'a aucune incidence sur la possibilité pour les États-Unis de s'engager dans la guerre contre l'Iran ou ailleurs. La politique intérieure, en revanche, en serait très perturbée. Les démocrates promettent déjà de lancer une nouvelle procédure de destitution, qui prend du temps, coûte de l'argent et beaucoup d'énergie, tandis que les médias risquent de se concentrer sur ce sujet. Les deux dernières années du mandat pourraient en être dérangées.

L'histoire montre toutefois que les présidents américains privés de majorité à l'intérieur se tournent massivement vers la politique étrangère, comme George W. Bush ou Bill Clinton. C'est déjà ce que fait Donald Trump, qui aurait peu de choses à changer à sa pratique actuelle.

Iran : des intérêts alignés à court terme, des buts finaux qui divergent

En Iran, les intérêts américains et israéliens sont alignés à court terme, mais pas sur le but final. Netanyahou veut la chute du régime : devant de jeunes officiers, il a répété que sa directive à Tsahal et au Mossad est de le renverser. Trump hésite encore entre l'accord et la force. Le 25 octobre, il déclarait : « Est-ce que je vais faire un accord avec eux, ou est-ce que je les achève ? » Ses conditions sont zéro enrichissement d'uranium, la sortie du stock d'uranium enrichi et la libre circulation dans le détroit d'Ormuz. Téhéran refuse en bloc, et la situation est pour l'instant un enlisement total.

Iran : Trump et Netanyahou ont-ils vraiment le même objectif ? Voir sur YouTube ↗

Tout indique une reprise des frappes après les deux élections. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, s'est rendu à Jérusalem pour en parler, et un troisième porte-avions, avec environ 10 000 Marines, doit arriver dans la région fin novembre. Les cibles sont connues : l'énergie, le nucléaire et les missiles, en épargnant les raffineries pour ne pas faire monter le prix du pétrole. Trump lui-même annonce que quelque chose va se passer très bientôt, et la plupart des gens pensent que ce sera après les élections.

L'alignement sera donc militaire plutôt que politique. Trump veut une sortie qui fasse baisser le prix du pétrole et lui permette de dire qu'il a gagné ; Israël veut que la menace disparaisse pour de bon. Et comme le gouvernement israélien n'a pas de majorité à ce stade, Trump a une raison de plus de garder la main.

Liban : d'accord sur le Hezbollah, en désaccord sur le calendrier, la présence israélienne et la méthode

Sur le but, les deux hommes sont d'accord : le Hezbollah doit être désarmé. Leurs divergences portent sur le calendrier, la présence israélienne et la méthode.

Sur le calendrier, Trump lie le Liban à l'Iran, puisque Téhéran exige un cessez-le-feu sur tous les fronts. Quand Netanyahou a menacé de bombarder Beyrouth le 1er juin, Trump l'a appelé, l'a traité de fou et a fait arrêter les frappes pour ne pas faire dérailler les négociations. Au G7, il a remis ça devant les caméras, sur un ton plutôt paternaliste : « Bibi s'emballe parfois, nous avons une petite dispute sur le Liban, je lui dis qu'il peut avoir la main plus légère. »

Sur la présence israélienne, Trump a annoncé en plein été qu'Israël allait quitter le Sud-Liban, comme si c'était acquis. Dès le lendemain, le ministre de la Défense, Israël Katz, lui a répondu quasiment en face : Israël n'a demandé la permission à personne pour entrer au Liban et n'a aucune intention d'en partir tant que le Hezbollah est armé. Trump est revenu à la charge par téléphone, et les allers-retours continuent.

Reste la méthode, car les deux capitales ne croient pas à la même solution. Washington parie sur l'État libanais, sur le président Joseph Aoun et son armée. L'idée américaine, ce sont des zones pilotes : Israël se retire de quelques villages, l'armée libanaise y démantèle le Hezbollah, et la situation avance pas à pas. Marco Rubio estime même qu'Israël pourrait faire davantage pour renforcer Beyrouth. Netanyahou répond qu'il n'a jamais cru à cette approche : « Vous pouvez nettoyer ces zones ? Très bien. Vous ne pouvez pas ? Nous nous en chargeons. » Washington ne pense plus pouvoir faire changer Jérusalem sur ce dossier, mais continue d'essayer de s'imposer au moins diplomatiquement.

Houthis : le dossier où Washington et Jérusalem s'écartent le plus, avec l'Arabie saoudite en arrière-plan

Les Houthis, rebelles yéménites soutenus par l'Iran, gênent la normalisation entre Israël et l'Arabie saoudite que Trump aimerait annoncer, et c'est sur ce dossier que l'écart entre Américains et Israéliens est le plus net. Les États-Unis ont conclu une paix séparée avec eux en mai 2025, grâce à une trêve négociée par Oman : les Houthis ne tirent plus sur les navires américains, l'Amérique ne les bombarde plus, et Israël n'était pas inclus. Cet accord avait provoqué un vrai sentiment de trahison en Israël.

Depuis l'été, les Houthis ont tourné leurs tirs vers l'Arabie saoudite. Mohammed ben Salmane a demandé à Trump de frapper, et Trump refuse : à quelques jours des midterms et en pleine guerre contre l'Iran, il ne veut pas d'un nouveau front. Israël y voit au contraire une occasion et a proposé aux Saoudiens de frapper avec eux. Riyad a refusé, car s'afficher avec Israël passerait mal dans l'opinion saoudienne, mais Israël lui fournit du renseignement par l'intermédiaire de l'armée américaine. La coopération reste très discrète, avec en perspective un élargissement des accords d'Abraham à l'Arabie saoudite. Des Saoudiens ont par ailleurs tenté de négocier à Téhéran un cessez-le-feu avec les Houthis, ce qui laisse penser qu'une solution plus directement diplomatique est possible.

Le risque, c'est novembre. Si les frappes contre l'Iran reprennent, les Houthis peuvent riposter et la trêve américaine peut tomber. Washington et Jérusalem se retrouveraient alors alignés par la force des choses.